Poch, importateur dynamique Lada, (et même Skoda pendant des années), doit sa présence en France à un homme, Jacques Poch. C’est lui qui ira chercher les premières Tatra ou Moskvitch dans les pays de l’est, avant de devenir l’importateur d’une jeune marque Russe, Lada. Il fera fortune en vendant des Lada et son fils Jean-Jacques Poch continuera l’aventure de la plus belle des manières.
Dans les années 80, l’importateur écoule jusqu’à 20 000 Lada par an en France, avec de belles marges. Si les voitures proposées sont modestes, cela n’empêche pas les Poch de côtoyer du beau monde et d’attirer les stars.
Michel Sardou fait le Dakar sur un Niva, Loïc Peyron fait des courses à la voile sur le trimaran “Lada Poch” et les plus grands pilotes, Ickx, Tambay, etc viendront rouler pour la marque sur le Dakar à un moment ou un autre.
Le rapport avec Coluche? On y vient.
Michel Sardou aussi sucombera aux sirènes de Lada Poch sur le Dakar avec un Niva piloté par Jean-Pierre Jabouille. Pendant que Loîc Peyron navigue le "Lada Poch" et que l'écurie Lada Poch du Dakar attire les meilleurs pilotes du monde. Ici Jean-Jacques Poch, avec Jacky Ickx, une dame et Ari Vatanen. Coluche passionné de motos et de voitures.
On vous racontera ça en détails dans les épisodes 2 et 3 de cette saga consacrée à Coluche mais il était un vrai passionné de tout ce qui roulait. Après avoir battu le record du monde en moto, Michel Colucci continue de traîner avec ses ami motards et son pote Erick Courly (avec qui il a battu le record du monde de vitesse sur Moto catégorie 750cm3). Depuis 1983, Coluche fréquente les courses de stock-car, ce sport mécanique qui réalise une petite percée dans la France des années 80. Rapidement on voit Coluche foncer dans tout ce qui bouge au volant d’une R5 . Mais Coluche, comme toujours ne veut pas seulement faire une course ou deux, il veut vivre le truc à fond. Avec Erick Courly, ils cherchent alors un constructeur qui serait capable de leur fournir des voitures.
Coluche et Courly pourront alors se charger, eux de les casser le week-end dans ces obscures courses, le plus souvent organisées au milieu d’un champ de patate au fin fond de la France. Acte 1, la Lada Rose On y reviendra prochainement dans un autre article, mais pour vous la faire courte, seul Poch, importateur de Lada accepte de se mouiller dans ce spectacle. Imaginez un constructeur auto aujourd’hui qui préparerait des voitures, et les fournirait gratuitement, pour qu’elles finissent en épaves à la fin du week-end? Chez Poch on se ne préoccupe pas de ces histoires d’images, il faut faire parler de Lada, un point c’est tout. Et si on voit Coluche défoncer les autres voitures avec une Lada, tant mieux pour “La marque à toute épreuve” (slogan de Lada en France dans les années 80).
La voiture est repeinte en rose, aux couleurs du sponsor de l’opération “Les productions Radis Rose”. Joli coup, en 1986 on ne parle plus de Coluche sans parler de sa “Lada rose”. Coluche l’intouchable Il faut se remettre dans le contexte pour comprendre l’impact de ce partenariat. A l’époque, Coluche s’est refait une “santé médiatique”. Après sa candidature avortée aux présidentielles, après la censure, les menaces, les problèmes d'addiction, son divorce, Coluche est atteint du syndrome Hallyday. Il peut faire ce qu’il veut, le public lui pardonne tout, qu’il touche le soleil où qu’il coule au fond de la piscine, son intelligence est toujours la plus forte, et son instinct finit toujours par le remettre dans la bonne direction.
De toute façon il fait marrer la France entière. Le personnage est clivant, on aime ou on déteste Coluche, mais tout le monde le regarde pour se conforter dans son avis. C’est ce qu’on appelle être revenu de tout. Entre deux il y a eu Tchao Pantin, le record du monde à moto, et les Restos du Coeur. Mais Michel, beau-frère de René Metge, veut continuer de vivre à fond. Et le Dakar lui tend les bras. Coluche veut faire le Dakar Pour se lancer dans le Dakar, il faut une voiture et une équipe compétente.
Coluche qui marche à l’amitié, n’a pas à chercher bien loin. Il connaît bien l’importateur Poch qui fait préparer ses Lada roses de stock-car chez Auto Export, distributeur Lada à Malakoff. C’est donc naturellement vers eux qu’il se tourne pour ce projet. Chez Poch, il fait alors la connaissance de Lucien Lacroix, inspecteur technique de Lada en France, qui deviendra des années plus tard, directeur Commercial de la marque en France.
Celui ci lui propose un projet : monter une équipe pour le Dakar avec Coluche pilote, et Lacroix navigateur. Il reste environ un an avant le départ du Dakar 1987. Il faut une voiture Pour faire le Dakar il faut une voiture. Pour une raison que j'ignore (ça fait 3 ans que je tire sur le fil de la pelote de laine pour vous faire cet article, mais tout le monde est muet sur le sujet "Coluche, Dakar"), Poch ne semble pas être partie prenante officiellement, dans l'opération Coluche au Dakar. A l'époque l’importateur fait courir avec succès les Niva au Dakar et dans tous les rallyes-raids de la saison.
Ces voitures sont préparées à Argenteuil dans le bâtiment technique de Poch, juste derrière le grand bâtiment en briques, encore existant aujourd'hui, siège de la marque en France pendant des années. Mais la 2105 de Coluche elle, ne sera pas “intégrée” officiellement à l’équipe Lada Poch du Dakar. Elle sera développée à Malakoff chez Auto Export et terminée au garage Moutier, concessionnaire Lada à Ivry-sur-Seine (qui deviendra plus tard le garage Lada International Auto). Un proto oublié A priori Poch fournit une aide technique plus que financière, et le projet devra se financer avec des sponsors.
Pendant que Coluche multiplie les contacts pour trouver des partenaires, Lacroix repense à un proto oublié qui ferait peut-être l'affaire. L’histoire de ce proto débute en 1983, quand Messieurs Boisrobert et Jean-Luc Bertaut de la CFDA (plus grande concession Lada de France située à Paris Montparnasse et appartenant à Poch) se mettent en tête de jumeler une 2105 et un Niva. Implanter les ponts et la boîte de transfert d’un Niva sur une berline, même de la marque, demande un travail de titan. Les longerons sont remplacés, l’arbre de transmission allongé de 22.4 cm, et la voiture reçoit de multiples renforts de la part des mécanos de la CFDA.
Les suspensions sont entièrement revues ainsi que les freins qui reçoivent des disques ventilés avec étriers triple pistons. Les éléments de carrosserie passent au polyester et les vitres sont remplacés par du lexan et du triplex. Un 4 cylindres turbo de 200 chevaux est installé à l’avant. Ce premier proto 2105 devait faire le Dakar 1985, mais le projet fut abandonné. A priori c’est ce premier proto qui donnera des idées à l’équipe Coluche d’un proto sur base 2105. Trois ans après ce premier jet, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut carrément construire un proto avec châssis tubulaire et carrosserie entièrement polyester. Le proto Coluche reprendra le concept en l’améliorant fortement.
Ce sera un proto Lada à châssis tubulaire Daniel, qui a tenu le garage Lada d'Ivry-sur-Seine pendant des années, était alors jeune mécano dans ce même garage, il se souvient : "La voiture de Coluche avait été préparée à Malakoff, dans un autre garage Lada. C'était un chassis tubulaire, avec un V6 PRV qui sortait 240 ch et une boîte manuelle 5 rapports". Avec la carrosserie en fibre de verre, elle disposait d'un bon rapport poids/puissance qui aurait pu faire mal. "Un jour elle est arrivée chez nous au garage Lada d'Ivry qui s'appelait encore Garage Moutier. C'est là que j'ai commencé à m'en occuper pour la finir. J'étais le seul du garage qui y touchait. J'étais jeune mais j'avais une bonne expérience de la compétition et j'avais travaillé chez Peugeot Talbot Sport.
Il restait alors à faire de la mécanique et l'électricité." A noter que cette 2105 reprend du proto précédent les trains avant et arrières, et la boite de transfert du Lada Niva. Un visiteur régulier nommé Coluche Coluche vient alors régulièrement au garage pour suivre l'avancement des travaux et rencontrer le père Moutier, patron du garage. "Il venait, deux à trois fois par semaine au garage. Des fois il était deux semaines sans passer selon son agenda et ses déplacements. Il venait voir le patron. Et si il était au téléphone ou occupé avec un client, il restait avec nous dans l'atelier et il discutait avec nous." se souvient Daniel Hourlay.
"Tout le monde savait que Coluche allait faire le Dakar avec cette Lada mais la consigne était de ne pas en parler. C'était secret, Coluche voulait faire une grosse surprise et se pointer quasiment le jour du départ sans prévenir". Une façon surement de bosser tranquillement sur l'auto, sans être assaillis de questions, de sarcasmes ou de curieux. "Un jour le patron a exposé le proto au centre commercial Carrefour d'Ivry, pour une tombola. Sans dire évidemment que ce serait Coluche qui la piloterait". Le drame La dernière fois que Daniel a vu Coluche, et que par conséquent que Coluche a vu sa voiture, c'était 15 jours avant son "accident". "La voiture était quasiment finie. Dans mon souvenir, il a pas eu le temps de l'essayer.
C'était prévu à son retour de vacances. Il devait repasser en remontant du Sud pour les premiers tests. Il en a pas eu le temps. Je me souviens que la dernière fois où on l'a vu, il a acheté une moto à mon collègue mécano. C'était une Godier Genoud." Voilà le dernier souvenir de Daniel avec Coluche. "J'osais pas trop lui parler quand il venait, je voulais pas l’emmerder. Il fallait que ça vienne de lui. En général il venait, il avait des trucs à voir avec le patron, pas avec nous. Un jour je lui ai quand même demandé comment il écrivait ses sketchs.
Le matin à 6h, il descendait au bistrot du coin, il commandait un café croissant, prenait son calepin et tendait l'oreille". "Parce que c'est dans les bistrots qu'on entend les plus belles conneries". La suite on la connaît, Daniel ne reverra pas Coluche. Un des protagonistes de l’époque qui souhaite rester anonyme me raconte : “Coluche devait remonter et essayer l’auto. Les frais avaient été avancés par l’équipe et Coluche devait encore 15 briques. (150 000 Frs de 1986). C’était comme ça que ça marchait évidemment. Coluche payait les frais, quand les factures tombaient mais il était pas toujours là dans la seconde qui suivait pour faire le chèque.
C’était pas un impayé, c’était une avance de frais en quelque sorte. Toujours est-il qu’il n’est jamais remonté à Paris, et pour cause. Le proto était terminé mais Coluche, mort, évidemment n’a pas pu honorer la fin du chantier. Le choc de la disparition de Coluche passé, il a été décidé de faire courir la voiture quand même au prochain Dakar qui partait en Janvier 1987. Le proto Coluche c’était une équipe privé, pas une équipe d’usine.” La voiture au départ du Dakar 1987 Inutile de chercher un témoignage sur cette suite, personne ne veut parler de la Lada de Coluche sans Coluche. Mais le "Proto Coluche" sera bien au départ du Paris-Dakar 1987 avec l'équipage Lucien Lacroix-Alain Soahlat, engagé sous le numéro 369.
Le proto fait l’objet d’une ou deux brèves dans la presse, et on le présente comme parrainé par “Les Restos du Coeur et Ludovic Paris”. Ludovic qui roulait en moto avec Didier Lavergne, le jour de la mort de l’humoriste. L’équipage est financé en partie par le sponsoring d’un groupement de concessionnaires Lada. Alain Soahlat, copilote de Lucien Lacroix est lui même fils d’un concessionnaire Lada de la région Parisienne. Elle roulait vite, trop vite Le proto a fière allure ce jour là à Cergy-Pontoise malgré la boue qui recouvre le tracé du prologue.
Les seules photos de cet équipage seront prises ce jour, et pour cause, la voiture n’ira pas plus loin. Le même témoin anonyme raconte : “La voiture est partie comme une fusée, elle allait vite, trop vite. Je ne sais plus si c’est la transmission, la boîte ou un cardan qui a lâché en premier, mais toujours est-il qu’ils n’ont pas terminé le prologue.” S’en serait suivi, toujours au conditionnel, et selon les dires du témoin, “une jolie bagarre entre l’inspecteur technique Lada et son navigateur.” Le proto Coluche ne verra pas l’afrique, comme si il avait décidé qu’il n’irait pas à Dakar sans Michel…
L’idée de cet article est née un soir très tard au garage Lada International Auto d’Ivry-sur-Seine. On refaisait le monde avec Daniel, et l’histoire de Lada en regardant les nombreuses photos de star présentes sur les murs. Quand au détour de la conversation, Daniel me dit “on avait fait la voiture de Coluche du Dakar aussi”. Ma première réaction avait été “tu veux dire du stock-car?”. “Non, non du Dakar, Coluche il devait faire le Dakar, je sais, c’est moi qui ai fini le proto”.
Il y a certains détails de cette histoire qu’on ne vous racontera pas parce que les concernés ont refusé de témoigner, et aussi parce que c’est “périphérique” à l’histoire principale et que ça apporterait pas grand chose. Certains détails que nous n’avons pas pu vérifier, qui seront donc écartés, et certains noms qui ne vous seront pas donnés, parce qu’on respecte le droit de chacun à la tranquillité. Si un des témoins de l’époque se sent d’apporter son souvenir sur cette histoire, il est le bienvenu !
Remerciements : Daniel Power, Monsieur Lada en France, patron de l’ancien garage Lada International Auto à Ivry-sur-Seine, qui fut le dernier garage Lada d’Ile de France. Edmond Lardinois, “Le” spécialiste Lada, auteur du blog Ladainfo Jeff de l’excellent site internet consacré aux Dakar de la belle époque Dakardantan Xavier de Classic Mobil qui a pu fidèlement ressusciter le proto Lada en dessin, à partir des maigres photos d’époque.






















