Descendant de Gustave Fouillaron, mercier choletais qui breveta à l’aube du XXe siècle un système de transmission révolutionnaire, il possède l’un des trois derniers exemplaires au monde de la voiture que son arrière-grand-père construisit à Levallois-Perret.
La voiture plafonne à 25 km/h, n’a pas de freins à l’avant, et pour klaxonner il faut passer la main à travers la capote pour atteindre la pompe à l’extérieur. Éric Fouillaron roule pourtant avec régulièrement dans les rues de Vannes, au volant d’un véhicule de marque Tonneau quatre places construit par son arrière-grand-père, Gustave Fouillaron, aux alentours de 1903. «Il n’y a pas de phares et bien sûr pas de ceinture », ajoute Éric à propos de ces voitures dont il ne reste que trois exemplaires au monde. L’objet est fascinant. Sous ce capot vieux de cent vingt ans sommeille un ancêtre de la boîte de vitesses automatique.
Un produit de luxe
À la fin du 19e siècle Gustave Fouillaron était mercier à Cholet, dans le Maine-et-Loire. Son atelier textile abritait plusieurs métiers à tisser mécaniques, ces grandes machines à armature métallique qui entrecroisent des fils pour produire des rouleaux de tissu. Tous étaient entraînés par une même courroie reliée à un moteur électrique central. «Quand il activait le moteur en route, six ou sept métiers à tisser se mettaient en route en même temps», explique Éric. Ces à-coups brutaux usaient les machines et rendaient le démarrage incontrôlable. Pour y remédier, Fouillaron conçut un système permettant de démarrer progressivement, sans secousse, en faisant simplement varier la tension d’une courroie.
Convaincu que le même principe pouvait propulser une automobile, Gustave Fouillaron s’installa à Levallois-Perret, alors capitale de la jeune industrie auto avec quelque cent cinquante fabricants.
«Il s’est dit : c’est le début des voitures. Si je prends deux vélos et mon variateur de vitesse, je vais en faire une», raconte Éric. Il adapta son système à un châssis inspiré de la bicyclette, déposa des brevets dans vingt-quatre pays et lança ses premières voitures en 1899. L’année suivante, l’Exposition universelle et les Jeux olympiques de Paris lui apportèrent la consécration, sa voiture y décrocha une médaille et le président Armand Fallières lui adressa ses félicitations. Ces années-là, une Fouillaron se vendait 4750 francs, soit trois ans de salaire ouvrier. «C’était réservé à la haute société exclusivement». Le client recevait un châssis, un moteur, un capot et des roues, carrosserie et pneus étaient à choisir et faire réaliser séparément. «C’était l’époque d’avant Henri Ford», commente Éric.
«Une affaire sentimentale»
Les voitures Fouillaron seront produites jusqu’à la Grande Guerre, sans que l’on puisse estimer leur nombre. «Je dirais qu’elles n’ont pas dépassé un millier d’exemplaires», estime pour autant Éric. De cette production, l’une est conservée à la Cité de l’automobile de Mulhouse.
Une deuxième a été sortie d’une grange et remise en état « de manière phénoménale» par un collectionneur suisse. La troisième, Éric Fouillaron l’a acquise pour 90.000 euros aux enchères en février 2015. Elle appartenait à un boulanger de Dourdan, dans l’Essonne, qui avait refusé de s’en séparer de son vivant. «Cela faisait vingt ans que j’essayais d’acheter cette voiture. C’est une affaire sentimentale : elle fait partie du patrimoine familial», s’émeut-il.
Le véhicule, placardé du numéro G 375, est une décapotable aux lignes très anguleuses, avec volant à droite et bois verni d’origine sur la carrosserie comme sur les rayons des roues. Une horloge est incrustée dans le tableau de bord, bien plus utile qu’un compte-tours à cette allure. En 2015, immatriculer la voiture n’a pas été simple.
«Les services de la préfecture n’autorisaient pas les voitures de cette date-là», mais la situation finit par se régler. Éric sort désormais la voiture dans les concours régionaux et dans divers salons. «Je passe aussi mon temps à refaire mes archives. Mon objectif est de retracer toute son histoire».
Ce que ce véhicule porte en lui dépasse pourtant le simple héritage familial. Le variateur à poulie extensible de Gustave Fouillaron n’a pas disparu avec lui à sa mort en 1933. Le principe qu’il avait imaginé dans son atelier de Cholet pour dompter ses métiers à tisser a refait surface des décennies plus tard aux Pays-Bas, quand le constructeur DAF l’a appliqué à sa transmission automobile. Ce que l’industrie appelle aujourd’hui la boîte de vitesses à variation continue repose sur le même mécanisme que celui que ce mercier du Maine-et-Loire avait breveté à l’aube du XXe siècle.
Source : lefigaro.fr - Merci DAVID SARDA pour le suivi de l'info..


.webp)









































