Lui y retourne plusieurs fois dans la semaine avant qu’elle ne disparaisse.
Trois ans plus tard, le destin remet une pièce dans la machine. «Place Saint-Germain-des-Prés à Paris», une Bentley Mark VI en magnifique état se gare au coin de la rue Bonaparte. « Les portières s’ouvrent et apparaissent deux jeunes filles époustouflantes, anglaises au possible, habillées à la mode de Carnaby Street. Totalement décontractées, elles referment les portières et s’en vont tranquillement à pied. Je reste bouche bée. Et surtout je repars avec le désir ardent de posséder un jour une de ces Bentley. »
Démarre une quête de longue haleine. « Mes ressources et le budget familial étant ce qu’ils étaient, ce rêve en est resté un. » Il collectionne toute la littérature possible sur les Mk VI, suit régulièrement les petites annonces en France et en Angleterre « quitte à me faire mal », dit-il.
« J’ai fini par acquérir une certaine culture sur le modèle, mais toutes ces connaissances accumulées restaient tristement virtuelles. » Excepté en 2005, alors qu’un ancien camarade de classe l’invite à dîner au Bois de Boulogne et l’y conduit dans sa propre Mk VI. « Imaginez mon émotion : j’allais enfin en voir une en vrai. Je me revois m’installer à la place du passager, la gorge nouée, dans un silence presque religieux. Riez si vous voulez ! » Au retour, l’ami lui tend les clefs, et pour la première fois, il conduit la voiture de ses rêves.
L’opportunité immanquable de 2008
Sans le savoir, il sera bientôt propriétaire du même modèle. En 2009, la crise de l’année précédente a fait baisser la cote des voitures de collection, la livre sterling n’a jamais été aussi basse face à l’euro, et les Bentley Mk VI n’ont jamais été aussi abordables.
Son épouse tranche : « Écoute, si tu n’en achètes pas une maintenant, tu ne le feras jamais.» En décembre, Pascal remporte aux enchères, à Fontainebleau, une Bentley Mk VI de 1949 carrossée par HJ Mulliner. Quarante ans après le lycée. C’est fait.
Mais les débuts ne sont pas de ceux que l’on rêve. Quelques jours plus tard, au petit matin, il met le contact dans son garage et de grandes flammes jaillissent sous le capot : une fuite d’essence sur le démarreur. « Je n’ai rien pu faire d’autre que couper le contact, prendre mon sac et ma parka, sortir rapidement du garage et appeler les pompiers. Ces dix minutes, tandis que je regardais brûler notre voiture, ont été un peu pénibles. » Par chance, le feu ne remonte pas jusqu’au réservoir. Et l’assurance couvre les dommages.
Un covoiturage doré
Après plusieurs mois de réparations, la Bentley reprend la route au printemps 2010.
Depuis, Pascal sillonne les nationales, à 110 km/h en vitesse de croisière, sans forcer. Lui et son épouse ont parcouru plus 40.000 kilomètres, sur tous les types de routes : « Ces voitures, une fois qu’elles sont en état, vous roulez et vous ne vous posez pas de questions. Ça ne tombe pas en panne. J’ai eu des années où elle ne m’a coûté qu’une vidange et un contrôle technique. ». Seul le carburant coûte cher. « La Bentley a une consommation de Concorde » selon ses mots, mais il a une solution pour l’amortir : BlaBlacar, depuis 2010. « Dans l’annonce, je précise toujours que la voiture est ancienne, qu’elle n’est pas climatisée, qu’on prend surtout les nationales, que le trajet sera beaucoup plus long, et qu’il est possible qu’il y ait un ou deux arrêts touristiques sur le parcours. Je ne veux pas prendre les gens en traître.
Celui qui veut faire Paris-Vannes le plus vite possible ne va pas me solliciter. »
Ceux qui le choisissent s’en retrouvent marqués. « J’ai le souvenir d’un type captivant que j’ai déposé à Vézelay, on parlait de cinéma des années 50.
À l’arrivée, on était tellement passionnés que j’ai dit : on s’arrête, on prend un pot. Et on a continué à discuter pendant trois quarts d’heure. Je fais souvent un détour pour déposer les covoiturés devant leur porte : quand vous avez passé quatre ou cinq heures en conversation avec quelqu’un de sympathique, vous n’allez pas le laisser sur une aire de covoiturage. C’est un peu le covoiturage à l’ancienne, l’esprit de la rencontre, le plaisir de rendre service. »
La voiture, elle, ne laisse personne indifférent. « En plus de quinze ans, je n’ai eu que des réactions de sympathie, les gens font des sourires, ils lèvent le pouce. » Qui plus est, mariages, grands voyages, routes de campagne, la Bentley fait tout. «Conduire une Bentley, c’est merveilleux», conclut Pascal. Quarante ans d’attente et des étoiles dans les yeux.
Source : lefigaro.fr - Merci DAVID SARDA pour le suivi de l'info...





