mercredi 25 mars 2026

CLUB5A - REPORTAGE AUTOS - « La Facel Vega aurait appartenu à Jacques Mesrine » : Benjamin, 40 ans, redonne vie à des véhicules oubliés

 

Benjamin, 40 ans, chef d’entreprise en Indre-et-Loire, nous présente ses quatre voitures d’exception : une Méhari, une Vespa 400, une Isetta 600 de 1958 et une Facel Vega FV3B. Un tonton vendéen a joué son rôle dans cette révélation. Il vivait à La Tranche-sur-Mer et possédait une vieille Méhari rongée par le sel et le sable. « Je crois qu’il a vu à quel point je vibrais pour cette voiture », raconte Benjamin. « Il m’a dit tu sauras la sauver, alors prends-la. » Les parents ne posent qu’un seul verrou, une condition. Il pourra obtenir la Méhari lorsqu’il aura décroché son bac. 
Un pacte qui le galvanise. Il en rit encore. «Je n’ai jamais été aussi motivé pour travailler. Merci tonton Pierro, Merci papa, maman. » À chaque fois qu’il travaillait bien à l’école, ses parents lui offraient une pièce de la voiture. 
« C’était un rituel. Une bonne note, une pièce de plus. Je voyais ma future Méhari prendre forme». À vingt ans, tout juste après l’obtention de son bac, la Méhari ressuscite. Hors de question de s’arrêter, à 21 ans c’est une Vespa 400 qui entre dans sa vie. Une petite voiture minuscule et joyeuse, achetée à son voisin. Cette fois, ses parents ne financent plus rien. Ils l’ont toujours dit avec une lucidité bienveillante : la passion des vieilles voitures dévore les économies, et il faut savoir se débrouiller seul. Benjamin a commencé un BTS en alternance. Il touche son premier salaire. C’est avec cet argent, qu’il achète les pièces de la Vespa, qu’il restaure par petites touches le week-end. 10 ans sans la mécanique À 25 ans, l'âge où la vie d’adulte prend forme, le destin l’emmène ailleurs. Il rencontre sa compagne, part vivre en Espagne. La mécanique se met en sommeil. Pendant plusieurs années, il ne touche plus une voiture ancienne. Il y pense parfois, comme un ami que l’on est sûr de retrouver plus tard. Peu après le Covid, en 2020, à 35 ans, Benjamin rentre à Tours. Il a mal au dos et doit se faire opérer d’une hernie discale. 
« J’avais la trouille, il fallait que je pense à autre chose. » Il reprend contact avec un fournisseur de pièces qu’il connaît de l’époque de la Vespa. «Écoute j’ai une Isetta 600 dans ma cour, millésime 1958, si ça t’intéresse», lui répond le vendeur. Banco. La convalescence commence. Benjamin est immobile, le dos maintenu, les gestes interdits. C’est là que l’Isetta devient vraiment son affaire. Il imprime les plans, épluche les forums, les sites spécialisés, les archives. Il cartographie chaque pièce, chaque référence, chaque fournisseur possible. Il n’en existe qu’un ou deux dans le monde entier. Parfois aucun. Il faudra adapter, reformer, fabriquer. Quand le dos le permet enfin, le travail physique commence. Benjamin confie la tôlerie à un carrossier. « Plus jeune, je passais devant la carrosserie Tessier à vélo et je rêvais devant ces belles mécaniques. » Une fois le métal assaini, il décide de plonger l’ensemble dans un bain de cataphorèse, ce que BMW n’avait pas pris en 1958 à sa sortie d’usine. 
« À l’époque, les carrosseries n’étaient pas traitées contre la corrosion». Bref, la voiture sera de meilleure qualité que lors de sa sortie d’usine. «L’Isetta a une histoire incroyable. Dans les années cinquante, BMW est à genoux. L’Allemagne se reconstruit, les gens ont peu d’argent. BMW sort donc cette toute petite voiture, trois places, la porte à l’avant, conçue pour consommer le moins de métal possible», raconte Benjamin. Les années suivantes, l’Allemagne retrouve une démographie galopante, les enfants naissent, le pays reprend des couleurs BMW sort alors la 600, quatre à cinq places, plus spacieuse. 

Sauf que le timing est mauvais. Entre la 300 et la 600, les Allemands retrouvent leurs économies, ils veulent passer à autre chose, monter en gamme. L’Isetta leur colle à la peau comme souvenir de la privation, des années noires, de l’austérité. Ils n’en veulent plus. BMW, qui avait misé gros sur la 600, se retrouve dans le rouge... 
«Le modèle a failli faire couler la marque», résume Benjamin. Toutes ses économies Le malheur du collectionneur, c’est qu’il ne s’arrête jamais. Benjamin vient d’en faire l’expérience. En feuilletant un catalogue de ventes aux enchères, il tombe sur une Facel Vega FV3B. Modèle de marque française disparue dans les années soixante. Prix conclut : 39.000 euros. Et anecdote, la voiture aurait appartenu à Jacques Mesrine. «C’est aussi ça, les anciennes. Chaque voiture a une histoire. » La restauration va prendre des années et le protagoniste compte investir une partie de ses économies. « Quand on restaure, ça coûte autant, voire plus, que la valeur de la voiture», explique Benjamin. Cela ne veut pas dire que tout avantage pécuniaire se perd. 
La Méhari est estimée à 35.000 euros. 
L’Isetta, 60.000 euros. 
La Facel Vega, achetée 39.000, en vaudra peut-être cinq fois plus une fois terminée. Il reste que notre restaurateur s’attache à ces modèles par passion. «Quand j’ai du stress, quand j’ai envie de me détendre, rien de plus apaisant que la mécanique. C’est reposant», conclut-il. 
 Il y a des passions qui vous choisissent. Celle de l’odeur d’un moteur chaud dans le cas de Benjamin, 40 ans, installé en Indre‑et‑Loire. Enfant, il rêvassait dans la maison familiale, un peu désorienté, ses parents étaient très occupés par leur vie de chefs d’entreprise. L’école n’était pas son terrain , il était de ceux qu’on envoyait en filière technologique parce qu’on ne savait pas trop quoi en faire. « Finalement, ça a été une chance », dit-il aujourd’hui. L’occasion de découvrir le travail manuel et surtout la mécanique. 
Source : lefigaro.fr - Merci DAVID SARDA pour le suivi de l'info..