Le carrossier Nuccio Bertone a obtenu de Ferruccio Lamborghini une copie de ce châssis pour le carrosser d'une façon magistrale. Il entamait ainsi une collaboration pluridécennale concurrente de celle qui liait déjà quasi exclusivement Enzo Ferrari à Battista Pininfarina et qui mûrit progressivement de 1921 à 1951 avant de s'exprimer pleinement. Le dessin de la future Miura est à peine entamé par Giorgio Giugiaro en novembre 1965 avant de qu'il ne rejoigne Ghia où il dessina simultanément à l'automne 1966 la Maserati Ghibli, les de Tomaso Mangusta et Pampero ainsi que la Fiat 850 Vanessa.
Quand les deux capots et les deux portes sont ouverts, il ne reste de fixe que le toit et la partie centrale, entre portes et capot arrière, qui fait office d'arceau de sécurité. Bertone emprunte les phares et les feux arrière du spider Fiat 850 qu'il avait lui-même dessiné un an plus tôt. Mais ces phares ovales parce que biseautés sont ici, au repos, basculés presque à l'horizontale et entourés en avant et en arrière de grilles noires mat évoquant des cils qui allongent encore leur silhouette et leur donnent l'apparence d'un rond parfait vus de face dans l'axe de la voiture.
Cependant ces grilles seront remplacées sur la Miura SV par des coquilles noires mat puis rapidement par une simple peinture noire mate encore. Le thème des grilles noires mates se retrouve aussi sur le capot avant pour l'extraction de l'air venant du radiateur ainsi que la dissimulation de la goulotte du réservoir. Il se retrouve encore sur les prises d'air des portes, en arrière des vitres latérales dépourvues d'encadrement et qui servent aussi de poignées de portes. Le dessin de ces portes latérales sera repris, mais sans les fameuses prises d'air, sur l'Alfa Romeo Montreal en 1967 par le même Marcello Gandini pour le carrossier Bertone.
Enfin, pour d'améliorer le refroidissement du compartiment moteur, la vitre arrière en plexiglas des exemplaires de présérie est rapidement percée d'orifices puis remplacée sur tous les modèles de série par des persiennes ou jalousies, noires mat encore, qui participeront elles aussi largement au mythe de la Miura. Elles se retrouveront sur bien d'autres modèles de voitures de sport mais elles seront refusées par le service des mines français en 1971 sur la petite Lamborghini Urraco ainsi que sur l'Alpine A310. Ce thème des grilles noires mates, en contre-pied des chromes alors communs, sera aussi décliné par Bertone sur le capot avant de son coupé Simca 1200S en 1967.
Toutes ces grilles noires mat tranchaient furieusement avec les couleurs vives des carrosseries de toutes les productions Bertone de cette époque : le classique rouge des voitures italiennes de courses était concurrencé par le bleu vif, le jaune canari, le vert... citron et surtout l'orange... orange tant sur la Miura que le coupé Fiat Dino ainsi que le spider Fiat 850. Pendant ce temps, Ferrari ne construisait selon la demande moutonnière de ses clients principalement que des bolides rouges. Toutefois, il proposa des 206 (!) jaunes à moteur V6 central transversal lui aussi pour sa filiale... Dino.
Le modèle unique initial Miura Jota, développé pour d'hypothétiques compétitions jamais avérées, par Bob Wallace à partir de fin 1969, recevait quant à lui d'ordinaires phares placés verticalement et protégés par des hublots comme la déjà classique Jaguar Type. Le prototype de salon Miura Spider bleu clair métallisé empruntait en 1968 les feux arrières du coupé Fiat Dino 2000 de 1967, sauf de 1969 à 2008 lorsque ce spider unique fut configuré en prototype Zn 75 de couleur vert foncé et reçut alors des feux spécifiques à fenêtres rectangulaires intégralement rouges, à l'américaine.
A partir de 1971 sur la Miura SV, Bertone emprunte alors les feux du coupé Fiat Dino 2400 qu'il avait lui-même redessinés en 1969. L'architecture de la Miura est la seconde particularité du modèle, l'un des tout premiers de série, articulés autour d'un moteur central arrière, après la René Bonnet Djet de 1962. Cependant Edmund Rumpler présenta dès 1921 sa Tropfenwagen à moteur central arrière mais elle n'eut guère de succès. Cette caractéristique est alors l'apanage de rares voitures de compétition depuis les Auto-Union des années 1930 puis les monoplaces Cooper des années 1950, et même Enzo Ferrari ne veut pas en entendre parler sur ses modèles de grand tourisme.
De plus sur la Miura ce V12 central arrière est monté transversalement tout comme le 8 cylindres en ligne de la monoplace formule 1 Bugatti Type 251 conçue en 1955 ainsi que le V12 de la monoplace de Formule 1 Honda RA270 présentée en février 1964. C'est la seule Lamborghini à moteur V12 transversal. Cependant cette disposition centrale et transversale fut reprise sur le V16 de la rare Cizeta-Moroder V16T présentée en 1988. En effet C et Z sont les initiales de Claudio Zampolli qui fut ingénieur pour la production de la Lamborghini Miura. En ce sens, Ferruccio Lamborghini fait figure de précurseur pour les voitures de série et sa Miura est souvent considérée comme la première supercar de l'histoire.
De nombreuses célébrités sont tombées sous le charme novateur de la Miura : les chefs d'Etat tels que le shah d'Iran ou les artistes tels que Miles Davis et Franck Sinatra. La 13ème Miura est sortie d'usine en jaune le 9 mai 1967. Première Miura importée en France, elle a été livrée en blanc le 1er juin 1967 au chanteur Jean-Philippe Smet dit "Johnny Hallyday" avec deux phares à longue portée Oscar Cibié fixés sur le capot, identiques à ceux des Citroën DS Pallas et DS21 de série ainsi que des Porsche 911 en accessoire. Fidèle à sa légende, Johnny Hallyday détruisit dans un accident d'anthologie sa première Miura à 180 km/h le 28 août suivant contre un acacia du côté de Pau avec le photographe Jean-Marie Périer comme... co-pilote et co-victime !
Outre son architecture novatrice, la Miura se distingue également par les performances qu'on lui prête. Le moteur – un 12 cylindres en V de 3,9 litres de cylindrée – développe 350 chevaux, une puissance très importante pour l'époque ; la Formule 1 championne du monde en titre est alors une Lotus de 205 ch. Quant à la Porsche 911, elle s'en tient à cette époque à 130 ch. De fait, la vitesse maximale de 280 km/h et les accélérations devancent nettement la concurrence. La version SV (avec ses 385 chevaux) sera par la suite chronométrée à 288,6 km/h. La conception de l'alimentation en carburant est toutefois imparfaite, la voiture étant connue pour un risque d'incendie du compartiment moteur, dû à une combustion (à cause de la chaleur des collecteurs d'échappement) de l'essence en excès s'échappant des carburateurs en cas de blocage des flotteurs en position basse.
Source : autobuizz










