mercredi 24 juin 2026

CLUB5A - EPHEMERIDE - Aujourd'hui le 23 juin . Ce jour-là en 1951 naissait Michèle Mouton pilote automobile française...

 

MICHÈLE MOUTON, PILOTE PIONNIÈRE À L'AUBE D'UNE RÉVOLUTION... 
Michèle Mouton est allée au bout d'elle-même et plus loin que son père ne l'aurait imaginé. Il l'a incitée à faire du rallye et elle est devenue l'un des plus grands pilotes. Quatre fois victorieuse en Championnat du monde, elle a lutté pour le titre en 1982 avec son Audi avant-gardiste. Elle ne s'est jamais vue comme une exception dans un monde d'hommes mais a laissé une empreinte indélébile. Michèle Mouton a donné une dimension fascinante, inattendue, aux rallyes en devenant la première femme à remporter une épreuve de championnat du monde, en 1981.

 Au volant de son Audi révolutionnaire à quatre roues motrices, la Quattro, la Française a bousculé l'ordre masculin et les préjugés dans l'ère naissante de ces monstres d'un nouveau genre, débordant de puissance, lancés sur des routes dangereuses. Jusqu'à être marquée par plusieurs drames qui sonneront la fin d'un temps mémorable. Venue aux sports mécaniques par hasard, la pilote native de Grasse ne s'est jamais vue comme une exception dans ce milieu et n'a jamais fait de sa vocation une question de représentation féminine dans son sport. 
Encore moins un enjeu, qu'elle laissait à l'agitation médiatique. "Je ne suis pas attachée à l'idée de la femme dans la compétition, dit-elle. Dans les années 70, les femmes étaient très libres, il n'y avait aucun problème. Ce n'était pas comme certains l'imaginent. On était libre de tout, d'être en mini-jupe, en topless sur la plage. On faisait ce qu'on voulait. Il y avait aussi énormément de femmes en rallye." "Je suis arrivée dans ce milieu par hasard, précise-t-elle. 
Mon père m'a mis au défi de faire des résultats dans l'année, sinon j'arrêtais. J'avais 22 ans, j'étais pleine d'énergie et très motivée. Je me suis donnée à fond. Le challenge était de voir ce que faisaient les autres, progresser et faire aussi bien." Il se trouve juste que ses alter ego étaient des hommes. Sa motivation n'était pas de régler leur compte aux rouleurs de mécaniques mais elle a dû combattre les idées reçues, ceux qui avaient fait de leur lutte une question d'honneur. Parmi ceux-ci, Walter Röhrl a certainement été le plus entreprenant, par peur d'être celui qui allait perdre le titre contre la Française en 1982. Orgueilleux, l'Allemand n'a pas compté ses sorties médiatiques amères, tendancieuses.
Jusqu'à suggérer qu'un singe pourrait conduire cette Audi Quattro qu'il jalousait. Souriante, tenace, surnommée le "Beau volcan noir" pour ses cheveux longs, son regard sombre et ses éruptions de colère, Michèle Mouton a continué sa route, sûre qu'elle pourrait encore faire chanceler son adversaire, jusqu'à ce Rallye de Côte d'Ivoire de tous les possibles. Mais à Abidjan, le sort en est jeté. Le drame s'est noué ailleurs, à plusieurs milliers de kilomètres de là. 
DRAME FAMILIAL, RALLYE DÉCISIF ET DÉRISOIRE "C'était le matin du départ du rallye, j'allais à l'hôtel, se souvient-elle. J'avais une interview prévue avec la télévision à 8h. Mon compagnon m'a appelé à 7h pour m'annoncer le décès de mon père. Je lui ai dit : 'Je rentre tout de suite'. Il m'a passé ma mère, qui m'a dit : 'Non, ton père n'aurait jamais voulu que tu rentres. Tu fais ta course et on t'attend." Elle décide alors de mettre dans la confidence sa copilote, Fabrizia Pons, et son directeur d'équipe, Roland Gumpert, pour éviter un trop plein d'émotions impossibles à gérer au sein de l'équipe.
 "J'ai réussi à faire abstraction de tout, se remémore-t-elle. Ça marchait très bien puisque j'avais 1h15 d'avance, lorsque j'ai commencé à ressentir des difficultés dans les changements de vitesse." C'est vrai, la Quattro souffre de maux de jeunesse mais elle tient encore cette chance unique par un fil. Bientôt, sa position devient plus précaire encore. Son avance se réduit comme Peau de chagrin car la réparation vire au fiasco. C'était improbable, mais les mécaniciens ont remonté à l'envers des éléments de la boîte de vitesses. Ce nouvel anéantissement est celui de trop, au bout d'un combat dérisoire. 
Il révèle un épuisement moral, et précède une sortie de route synonyme de ses dernières chances de titre. Mais ses 52 rallyes en Mondial ne seront pas tout. L'odyssée de Michèle Mouton dans la légendaire course de côte américaine Pikes Peak constitue un autre précédent dans l'Histoire du sport auto en 1985. Jamais la montagne du Colorado n'avait vu une femme se jouer des hommes, s'élever au-delà de leur machisme jusqu'aux nuages, triompher avec un moteur turbo. Pour cette pionnière curieuse de tout, c'était juste là une expérience différente, une satisfaction de plus sans arrière-pensée. 
Et tant pis si ce n'était pas partagé par tous. Michèle Mouton ne s'était pourtant jamais imaginée pilote, encore moins couverte de gloire. Un cadre familial propice aurait pu la conduire à cette vocation qui sommeillait mais le hasard s'en est finalement chargé. Née le 23 juin 1951 à Grasse, elle grandit dans une famille d'horticulteurs. Ses parents cultivent la rose et le jasmin pour une parfumerie locale, et c'est assez innocemment qu'elle conduit à 14 ans la 2cv dans les petits chemins limitant les champs d'exploitation provençaux. Son père Pierre, passionné de course automobile, a toujours possédé des voitures de sport.
 AU BAPTÊME DU CHAMPIONNAT DU MONDE 
"Je pratiquais le tennis et je rêvais surtout de compétition à ski. Sans le savoir, j'aimais déjà la vitesse, les trajectoires", raconte-t-elle. Pas étonnant qu'à 18 ans elle rêve de passer son permis de conduire plutôt que le Bac. Jeune femme sérieuse, l'un ne va pas sans l'autre pour elle. Diplôme en poche, elle veut devenir éducatrice pour adolescents en difficulté et suit une formation pendant deux ans à Grenoble, auprès d'handicapés et de délinquants. Le week-end elle rentre à Grasse en 4L, à toute vitesse. "Chaque fois, je regardais si j'avais mis moins de temps, avoue-t-elle. 
J'étais folle de voitures, pour l'amour de la voiture. C'était ma liberté, mon indépendance. Des valeurs capitales pour moi." Tout cela ne saurait en faire une aspirante pilote. C'est alors que sa vie bascule lors d'une soirée. Passionnée de danse, elle inscrit à un concours de rock'n'roll avec Jean Taïbi, un ami de son quartier, à Grasse. "Au fil des éliminations on était toujours là, et à un moment, il me dit : 'Au fait, je pars faire le Tour de Corse.' Je lui ai demandé ce qu'était le rallye, en quoi cela consistait. 
Il m'a tout expliqué, j'étais très excitée. A la fin du concours, il m'a invitée à venir avec eux. J'ai donc fait toutes les reconnaissances derrière dans la voiture, avec son copilote. Après le rallye, fin novembre, il m'a confié que ça n'allait pas avec son copilote et il m'a proposé de participer au Monte-Carlo à ses côtés. Je crois qu'il était un peu amoureux de moi aussi ! S'il ne m'avait pas parlé de ça, je n'aurais jamais fait de compétition automobile. Je n'y étais pas prédisposée : dans la famille, on aimait juste la voiture pour partir, voyager et se sentir indépendant."
 La plus prestigieuse épreuve de rallye est également en ce mois de janvier 1973 la manche d'ouverture du nouveau championnat du monde. Né en 1911, sa légende n'est plus à faire car il faut avoir du tempérament pour se lancer sur ces routes de l'arrière-pays niçois, de jour comme de nuit dans les lacets du mythique col du Turini, par un froid polaire, dans un décor qui se réinvente au fil de l'altitude. Malheureusement, cette édition sera le temps des pionniers et des déçus. L'équipage de la Peugeot 304 n°153 fait partie des nombreux amateurs mis hors course à cause d'une route bloquée par une tempête de neige. Ce goût d'inachevé ne perdure pas, son père veut la voir au volant et rapidement. 
"Il m'a dit : 'Tu fais le Paris-Saint-Raphaël féminin pour te situer par rapport, puis le Tour de France, le rallye le plus difficile, pour voir à quel niveau tu dois arriver.'" A 21 ans, la jeune Michèle se prend au jeu, par défi, sachant qu'elle n'aura pas de seconde chance. Un jour, elle a gagné une bouteille de champagne en remportant un gymkhana sur une 4L, et cet amusement est bien loin...... Michèle Mouton méritait sûrement d'être championne du monde. Personne ne pouvait lui refuser ce droit, seulement le destin. Elle a ouvert une voie sur la plus haute marche des podiums de cette discipline qu'elle a révélé sous un jour nouveau, et c'est sa plus grande victoire. Ses héritières l'attendent. Ce n'est qu'une question de temps et de talent....
Source : eurosport.fr