samedi 1 août 2026

CLUB5A - EPHEMERIDE - LE 1ER AOUT 1914 TOUS LES CLOCHERS DE FRANCE SE METTENT A SONNER - LES MOTOS DANS LE CONFLIT DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

En cette fin d’après-midi du 1er août 1914, tous les clochers de l’Hexagone se mettent à sonner le tocsin : l’État français vient de décréter la mobilisation générale, en réaction à des mesures similaires prises Outre-Rhin… 
Lors de la Première Guerre Mondiale, la condition d’estafette motocycliste fut assurément plus enviable que celle des poilus sur le front. 
Mais qui étaient ces cavaliers d’un nouveau genre ? 
Quel rôle la moto, alors en pleine effervescence en Europe, a joué dans les capacités de déplacement des armées dans ce conflit ?....

On sait l’importance capitale de la motorisation dans le déroulement des hostilités de la Grande guerre. Chacun connaît l’épopée des Taxis de la Marne qui décida de l’issue d’une bataille décisive. Cette intrusion du véhicule motorisé dans l’armée française, ce passage vers la guerre moderne, ne s’étaient pas effectués de façon idéale, loin s’en faut, créant parfois des situations courtelinesques. 

Ainsi, incorporé en 1911 avec sa Magnat-Debon au service du général Ebener, Charles Dietz fut obligé d'avoir aussi une bicyclette "de secours" car son général n'avait aucune confiance dans la motorisation ! À la signature de l’armistice en 1918, on comptait un peu moins de 100 000 camions et voitures en service qui, durant tout le conflit, avaient transporté 34 millions d’hommes et 30 millions de tonnes de matériel, alors qu’au 2 août 1914 les Services automobiles de l’armée française ne comptaient que 170 véhicules en tout et pour tout. 

S’y ajoutaient un millier d’autobus « réquisitionnables » pour le ravitaillement des troupes. Le principe de la réquisition avait été mis au point par une loi du 3 juillet 1877 et il ne concernait donc pas les véhicules automobiles. Ce sera chose faite en 1909 (loi du 22 juillet) en même temps que sont définis les cas d'exemption, parmi lesquels on relève, entre autres, les voitures des Postes, des médecins et "les véhicules du chef de l'État"... Le prix d'achat, applicable seulement en cas de guerre, est fixé en fonction de la catégorie des camions, voitures de tourisme, tracteurs, etc, mais il n'est pas encore question de prix des motocyclettes (Décret du 7-10-1910). 

Celles-ci apparaissent - enfin ? - à l'occasion d'un arrêté du 18 juillet 1913. Leur prix est établi en fonction de la formule Prix = 500 + 150 N (N étant le nombre de cylindres), soit 500 Francs + 150 Francs, ou 500 + 300 dans le cas d'une bicylindre. Tarif plutôt juste à une époque où le prix moyen d'une moto se situe aux environs du millier de francs. 


Un dédommagement est aussi prévu pour les "bandages" mais sans distinction formulée entre deux et quatre roues. Il est de 50 F pour une chambre à air et 150 F pour le "bandage". Dans un premier temps de la mobilisation, on avait donc paré au plus pressé en récupérant des véhicules particuliers : voitures de tourisme, camionnettes, cyclecars (!), sidecars et motocyclettes sans oublier, quand même, les chevaux, voire les boeufs. 

Des petits malins en profitèrent pour présenter des motos hors d’âge, hâtivement retapées, qui pouvaient faire illusion auprès des non-spécialistes chargés des réquisitions. Trafic fructueux puisque chaque machine est achetée à son propriétaire lorsque celui-ci n’est pas mobilisable avec sa monture. Par la suite, la leçon sera comprise parmi les plus hautes autorités de la Défense nationale qui feront établir un fichier des machines civiles "intéressantes" pour l'armée dès que celles-ci sont immatriculées. 

Ce principe sera maintenu de longues années, au moins jusque dans les années 1970/80. C'est ainsi qu'un ami, banlieusard tout juste propriétaire d'une 750 B.M.W. R75/5, reçut peu après son achat un courrier du Ministère concerné l'avisant qu'en cas de conflit armé sa machine était "réquisitionnable". Bien qu'ayant acheté une même B.M.W. 750, je n'ai pas retenu l'attention des militaires. L'ami en question, lui, avait rapidement revendu sa teutonne pour s'acheter une Honda 4 ! Qui peut dire si cette pratique de la réquisition "préventive" est toujours d'actualité ? D’abord installé à Vincennes, le parc militaire motorisé est ensuite transféré au parc d’artillerie de Montluçon. 

C’est là que vont être formées, entre autres, les premières sections motocyclistes équipées de machines neuves provenant de chez Clément-Gladiator (deux ou trois douzaines) et Triumph (une centaine). Ces deux marques ont été retenues par le responsable du parc, le commandant Ferrus, sous les ordres du lieutenant-colonel Cordier. À l’Etat-major de Paris, ordre est enfin donné de mobiliser avec leur machine quelques « vrais » motocyclistes. À commencer par ceux qui ont fait leurs preuves en circuits d'endurance ou sur piste. 

C’est ainsi que les Jeanniot, Martinez, Lombard, Naas, Meuriot arrivent dans les parcs d’artillerie ou dans les formations automobiles qui se mettent en place peu à peu. C’est sans doute grâce à ces spécialistes que s’organisent de façon logique et raisonnable l’entretien, la constitution de stocks de rechange et la réparation des motos. Auparavant, la bureaucratie militaire procédait de manière très mathématique : par exemple, pour 200 motos en service on stockait 200 cylindres, 200 pistons, 200 cadres, 200 soupapes d’admission...........
Source : http://zhumoriste.com