dimanche 5 avril 2026

CLUB5A - REPORTAGE AUTO - «Éloge d’un serviteur de la France : la 4L !»

  Voilà soixante ans sortaient d’usine les premiers exemplaires du célèbre modèle de Renault. 

L’écrivain lui rend hommage. Ma mère en possédait une «vert pomme». Et vous? 
Évoquer le souvenir de la Renault 4, 4L pour les intimes, c’est replacer l’automobile au cœur des familles. La 4L dit beaucoup de notre position perdue. Rappeler ses heures glorieuses, c’est faire l’éloge d’une France capable de retisser des liens distendus entre ruralité et urbanisme. 
La 4L fut cet objet populaire, trésor national simple et innovant, pratique et non dépourvu d’un charme rustique, ami des jeunes et des vieux, aussi à l’aise en ville qu’à la campagne qui provoque, soixante ans après son lancement, le sourire. Témoin des temps heureux, la 4L illustrait la foi dans la valeur travail et le refus de l’immobilisme.
 Aujourd’hui où la voiture est bannie des routes et des esprits, ne voir dans un modèle vendu à plus de 8 millions d’exemplaires entre 1961 et 1992 dans plus de 100 nations et produit dans 28 pays différents qu’un folklore nostalgique et un engin polluant, c’est manquer, à la fois, de cœur et de vision stratégique. 
Car la 4L a incarné une part de notre génie créatif, peut-être la meilleure combinaison jamais réalisée entre le rêve de l’ingénieur et le désir du communicant, les intérêts de l’État et l’expansion économique, le point de convergence entre notre haute fonction publique et l’initiative privée, le succès financier et la réponse concrète apportée à tous les automobilistes dans leur vie courante. 
Retrouverons-nous, un jour, cette formule où l’acheteur n’a pas l’impression d’avoir été berné et où notre savoir-faire s’exporte partout? La 4L a brillé par sa fonctionnalité et sa polyvalence grâce à Pierre Dreyfus, patron de la Régie, qui voulait offrir du «volume» aux Français. La voiture blue-jean comme elle fut appelée, produit de masse qui se plie malgré tout aux besoins de chacun, va éprouver des solutions fiables et avantageuses: traction, plancher plat, hayon, seuil de chargement. 
Si bien qu’en quelques années, elle deviendra un visage familier de notre carte et de notre territoire, séduisant gendarmes et paysans, artistes et ouvriers, postiers et gaziers, étudiants et baroudeurs, travailleurs et oisifs. Nous touchions là au miracle du siècle dernier, qui laissait entrevoir un avenir commun. Le secret de la 4L a résidé dans sa perpétuelle adaptabilité, elle se déclinera à l’infini, «Parisienne» avec son élégant cannage, sportive en «Jogging» ou estivale dans sa version «Plein Air».
 Publicité ambulante, la 4 L attire encore la sympathie. On a envie d’être son ami et de rouler avec sans dépenser trop, de se rendre chaque matin au travail et de partir en vacances, d’emprunter une nationale et de s’échapper sur un chemin vicinal au revêtement fatigué, de parcourir l’Hexagone ou de mettre le cap vers le sud, pourquoi pas en Andalousie ou en Toscane. 
Les célébrités l’adouberont, Pompidou s’assied sur son pare-chocs en pullover, Sheila, petite-fille de Français moyen, en fait la promotion, Tati la transforme en camping-car, Micheline Presle et Daniel Gélin s’y chamaillent gentiment dans Les Saintes Chéries. Dépassant les clivages, bienveillante sans être mièvre, elle sera plébiscitée aussi bien par des électeurs de gauche que de droite. L’Atelier Renault sur les Champs-Élysées fête son soixantième anniversaire en exposant des modèles marquants et en jouant pleinement la carte du vintage.
 Il est bon parfois de se ressourcer dans le passé et d’y puiser une inspiration nouvelle. Tous les candidats à la présidentielle devraient s’y rendre et constater que la mobilité ne s’est pas toujours exprimée dans des rapports à charge et l’aigreur. Qu’une voiture bien conçue et respectueuse des nouveaux enjeux climatiques demeure une solution vivace pour des millions de foyers. Il reste en nous quelque chose de la 4L qui ne demande qu’à redémarrer. 
Source : Thomas Morales - Le Figaro .L'argus -