En 1965, date d'apparition de la Honda CB450, le paysage de la moto en Europe se présente à peu près comme suit : En France, les derniers fabricants de motos, à l'exception de Motobécane et de Peugeot qui ne produisent plus que des "cyclos" - utilitaires, de surcroît - ont fermé leurs portes aux alentours de 1960. En Allemagne, N.S.U., qui a été pendant longtemps un "grand" de la moto s'est définitivement tourné vers l'automobile. Kreidler et Zundapp sont plutôt orientés vers des petites cylindrées qui, même s'ils présentent des performances et une fiabilité hors du commun, n'en restent pas moins des engins limités en performances.
En "gros cube" il reste BMW dont l'image "utilitaire" a bien du mal à convaincre les éventuels sportifs. Y compris avec sa version "69-S" dont la vitesse de pointe est certes élevée, mais la transmission par cardan et surtout la fourche "Earles" ont tendance à faire penser que le "S" est quelque peu usurpé. En Italie, la situation est similaire à celle de l'allemagne. D'un côté, se trouvent nombre de fabricants de "cyclo- sport", comme Itom ou Malagutti, aux performances bien souvent inférieures à celles de leurs concurrents allemands, mais dont le "plumage" gratifiant fait fureur auprès des adolescents.
On trouve également des 125 ou 175, 4 temps, tels que les Morini. Dans le domaine des "vraies motos", il ne reste à peu près plus que Guzzi, avec ses monocylindres archaïques, pour représenter une industrie qui fut une des plus prolifiques d'Europe. Il ne reste donc que la Grande-Bretagne pour proposer des motos puissantes et performantes, avec B.S.A., Norton et Triumph.
Chacune des marques ayant ses fervents défenseurs et, également ses détracteurs. Mais la plupart proposent des motorisations étrangement similaires dans leur conception : Bicylindre vertical culbuté, bloc cylindre en fonte et carters à plan de joint vertical ... "pissant", traditionnellement abondamment l'huile. C'est dans un tel contexte qu'est annoncée la Honda CB450. Bien sur, ce n'est pas la première Honda. Loin s'en faut, puisque le premier "deux roues" équipé d'un moteur - auxiliaire - Honda est apparu en 1947. Il ne s'agit pas plus de la première Honda importée en France, puisqu'elle a été précédée - entre autres - par les 250 et 305 bicylindres. Mais, avec leurs cadres en tôle emboutie et leurs suspensions avant à balancier n'avaient pas grand chose pour séduire malgré leurs moteurs à A.C.T. Elles resteront marginales... pour retrouver un regain d'intérêt aujourd'hui, en collection.
Avant qu'on ne l'ait vue ou essayée la CB450 a tendance à intriguer ou à laisser sceptique, plus qu'elle n'inquiète la concurrence. En effet, quel crédit apporter à ces japonais qui prétendent proposer une moto aussi performante que les meilleures sportives du moment, avec un moteur d'une cylindrée inférieure d'1/3 ? Lorsqu'on pût l'approcher, les détracteurs déchantèrent. Quant aux autres, ils furent, pour la plupart, enthousiasmés : Pas tant par son esthétique, car elle était plutôt austère avec ses "couleurs" noire et grise, tout juste agrémentées par des flancs de réservoir chromés. Mais si cette Honda avait un handicap de 200 cm3 par rapport aux meilleures machines anglaises, elle le comblait amplement par sa technique.
Avec ses deux arbres à cames en tête tournant directement sur l'aluminium de la culasse, son rappel de soupapes par barre de torsion, ses carburateurs à dépression, elle passait, aux yeux de beaucoup de journalistes pour "révolutionnaire". Ces derniers avaient sagement "gobé" le dossier de presse qui les persuadait qu'il s'agissait de la première moto dotée de deux arbres à cames en tête, la première de série à utiliser des barres de torsion pour rappeler les soupapes et que les carburateurs à dépression était une invention japonaise. Cliquez pour agrandirEst-il utile de préciser que les 2 A.C.T. existent chez Ultima et Peugeot - de compétition, il est vrai - datant de 1912 et 1913. Que les barres de torsion pour rappeler les soupapes existent sur le minuscule Motom (Italien) depuis 1950, et les carburateurs à dépression depuis 1903. Il n'en est pas moins vrai que la 450 Honda est probablement la première moto à proposer simultanément l'ensemble de ces solutions en série.
Etrangement, c'est le fait que les paliers de l'arbre à cames tournent directement dans l'aluminium de la culasse qui inquiétait le plus les observateurs de l'époque. L'expérience a, depuis, prouvé que cette solution ne présentait quasiment jamais de déficiences. Par contre, l'embiellage de la CB450, bien plus classique, est son "talon d'Achille". Tout au moins sur les séries séries les plus récentes à 5 vitesses dont le blocage des roulements démontables peut poser problèmes en prenant du jeu.
Si elle reçut un accueil plus tiède auprès de la clientèle potentielle que dans la presse, la CB450 permit à Honda de démontrer la viabilité de ses choix techniques plutôt osés pour l'époque. Ce qui ouvrit les portes aux modèles suivants et attira à la moto des utilisateurs qui étaient jusque là rebutés par les fuites d'huile et le - relatif - manque de fiabilité des motos anglaises. Ces dernières n'avaient plus, alors, longtemps à vivre.
Mais cette ouverture profita également à d'autres constructeurs européens. Notamment en Italie, en Allemagne (même si la production y reste quasiment "mono-marque"), en suède et, plus tard, à nouveau en Grande-Bretagne. Brèche dans laquelle la France, malgré de nombreuses tentatives, ne s'est malheureusement jamais réellement engouffrée. Vous pouvez admirer ci-dessous la moto de Pierre Ferry qui, si elle n'est pas l'un des premiers modèles, en conserve le principal : Son moteur, qui est un véritable chef-d'oeuvre aussi bien mécaniquement qu'esthétiquement. Lui a bien compris que, rien que pour cela, la CB450 a sa place dans une collection.
Source vidéo : Jared Johnson / moto-histo.com



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