jeudi 14 mars 2019

CLUB5A - TECHNIQUE ET RESTAURATION AUTO - RESTAURATION D'UNE 4CV RENAULT !!

Lorsqu’il s’agit de prendre le volant sur route ouverte de cette Renault 4CV datant de 1961, mais dont la conception date d’avant-guerre, je suis un peu inquiet. Une ancienne, ça impressionne ! 
Elle n’a pas de rétroviseurs extérieurs, des clignotants guère plus gros qu’une coquille de noix et sa boîte de vitesses n’est que partiellement synchronisée. En outre, sa tenue de route a la réputation d'être des plus aléatoires surtout lorsque la chaussée est humide comme ce fut le cas le jour de notre essai. Pour clore le chapitre météo, les deux frêles balais de l'essuie-glace touchent à peine le pare-brise et le parcoure, au mieux, à la vitesse d’un escargot.  
Qu’importe, je me laisse séduire par la silhouette rondouillarde de notre « motte de beurre ». J’ouvre sans regret la porte suicide – encore un détail encourageant à en prendre le volant – et m’installe à bord. C’est un dépaysement garanti, un bond de plus de 70 ans dans le passé. Me voici dans la berline populaire de Renault, son premier modèle de l’après-guerre. Produite de 1947 à 1961, elle a été la voiture la plus vendue en France jusqu’en 1955. La 4CV, c’est également la première automobile française à dépasser le million d’unités. A ses débuts, les délais de livraison étaient d’un an ! 

Elle a même fait carrière outre-Atlantique avec 170 000 exemplaires vendus aux Etats-Unis, elle a également été vendue en Amérique du Sud et même à l’autre bout du monde puisqu'elle a été commercialisée sous licence Hino au Japon. Le mobilier est des plus succincts, un volant en bakélite, un compteur de vitesse gradué jusqu’à un optimiste 120 km/h et deux indicateurs : la jauge à essence et la température d’huile : rien de plus, rien de moins. Mais a-t-on besoin de davantage ? Pour lancer le moteur, il y a un bouton rotatif, le Neiman et la clé de contact n’étaient pas encore entrés dans les mœurs. 
A l’autre bout de l’auto, le moteur s’ébroue. Ce bloc à quatre cylindres implanté longitudinalement à l’arrière de la 4CV est aussi sonore que vibrant. Au lancement du modèle, il cubait 760 cm3, puis la cylindrée a été rapidement ramenée à 747 cm3 afin de pour pouvoir inscrire l’auto en compétition dans la catégorie des moins de 750 cm3. Au fil de sa longue carrière (1946-1960) la puissance a évolué de 18 à 35 ch SAE. Le maniement du très fin levier de vitesse requiert un temps d’accoutumance. 

Le guidage est évidemment loin d’être aussi précis que celui d’une auto d’aujourd’hui. Et pour me compliquer encore un peu plus la tâche, la grille est inversée avec une première vitesse située en bas à gauche, la marche arrière étant quant à elle en haut à gauche. Vient ensuite la seconde en haut à droite, puis la troisième en bas à droite et c'est tout. Heureusement qu’un schéma a été collé au bas du pare-brise pour éviter toute reculade dans le véhicule qui suit lorsque le feu passe au vert. Une fois la prise en main assimilée, le charme opère. Evoluant à la vitesse de 70 km/h, on goûte à une direction au toucher nautique.
Comprenez par là qu’une fois le volant tourné, il se passe un léger temps avant que l’auto ne change de direction. Une inertie un peu déroutante au début. La direction n’est pas très précise et surtout le moteur façon sac à dos apporte un équilibre particulier à cette petite propulsion. Le système de freinage, non assisté, ralenti quand même l’auto pour peu que l’on anticipe la manœuvre. Très courte (3,66 m), très étroite (1,43 m), la 4CV a la taille d’une Twingo. 

Elle est très maniable et opère un demi-tour pratiquement dans un mouchoir de poche. Nous l’avons vu, les portes avant s’ouvrent dans le sens de la marche, attention donc à ne surtout pas les manipuler en roulant d’autant qu’aucune ceinture de sécurité n’est là pour nous maintenir sur notre siège, lequel n’offre d’ailleurs aucun maintien latéral. Heureusement, celles à l’arrière s’ouvrent « normalement ». Cette architecture repose sur des charnières logées sur le milieu du coté de caisse. Un système astucieux qui permet d’ouvrir les portières à 180 degrés et offrir ainsi une accessibilité optimale. Malgré son petit format, la Renault 4CV, est suffisamment habitable pour quatre adultes. Ne perdons pas de vue qu’à l’époque, la taille moyenne d’un adulte était plus petite qu’aujourd’hui. 

Dans mon cas, je loge mon mètre soixante-dix sans problème à l’avant comme à l’arrière. Il faut dire que la 4CV ne s’encombre pas du superflu. Pas de garniture de contreporte, la largeur aux épaules à l’arrière n’est que de 1,07 m. Celle aux coudes passe à 1,24 m. Par quel miracle ? Tout simplement par le creux de la contre-porte. En effet, mon coude se trouve directement sur la face intérieure de la carrosserie. Les barres de renfort dans les portières n’étaient pas entrées en vigueur à l’époque. Simples toiles tendues sur des armatures métalliques, les sièges ne sont guère encombrants. 

Celui du passager avant peut même être ôté et servira à l’extérieur lors d’un pique-nique par exemple. Logés sous le capot avant, les bagages tiendront compagnie à la roue de secours, au cric ainsi qu’au bocal en verre – à l’aspect proche d’un pot de confiture - qui recèle le liquide de frein. Lors des départs en vacances, à l’époque des premiers congés payés, de nombreuses familles employaient une galerie de toit ainsi qu'une atypique remorque à une seule roue pour augmenter la capacité de chargement sans perdre en maniabilité. 

 Nous ne nous sommes pas aventurés sur la nationale 7 pour rallier la grande bleue avec armes et bagages. Néanmoins, à la météo près, notre parcours du jour a été très agréable à bord de cette auto aussi attachante que sympathique.
Source : Vintage Mecanic - 
L'argus