vendredi 13 juillet 2018

CLUB5A - REPORTAGE AUTO ET REVUE DE PRESSE - Aston Martin DP 215, l'anglaise la plus chère du monde ?

Proposé le 24 août par la maison RM Sotheby's en marge du concours d'élégance de Pebble Beach, l'unique prototype Aston Martin DP 215 mérite d'enregistrer un nouveau record. Chez Aston Martin, sous l'ère David Brown, les projets spéciaux répondent au code DP (Design Project). Celui que la maison anglo-saxonne RM Sotheby's va proposer aux enchères le 24 août prochain, en marge du concours d'élégance californien de Pebble Beach, mérite une mention spéciale. DP 215 n'est pas une automobile mais un symbole. 


Le symbole de la dernière tentative de la marque de Newport Pagnell de remporter les 24 Heures du Mans. On sait qu'après avoir atteint son objectif - victoire au Mans en 1959 avec la Sport DBR1 et titre de champion du Monde des Marques 1959 - et la calamiteuse campagne F1 en 1960, Aston Martin s'était retiré officiellement de la scène sportive, préférant se concentrer sur le lancement de la DB4. Son nouveau fleuron du grand tourisme allait pourtant servir de rampe de lancement à un retour en compétition. Aiguillonné par ses clients les plus sportifs, le constructeur avait commercialisé une version GT à partir de laquelle seront habillés dix-neuf berlinettes chez le carrossier milanais Zagato. Bien qu'allégées et vitaminées, ces GT allaient s'avérer un peu tendres pour rivaliser avec les Ferrari 250 GTO, les Jaguar Type E Lightweight et les AC Cobra qui ne tardèrent pas à pointer le bout de leur capot. 


Dans le même temps, dans le but louable d'entretenir l'engouement pour ses deux tours d'horloge, l'Automobile Club de l'Ouest avait créé une formule Expérimentale pour l'édition 1962. Ferrari allait y engager des berlinettes 4 litres 330 LMB et un prototype 330 TRI LM développé à partir d'un châssis de Testa Rossa. C'est ainsi qu'Aston Martin lança la conception d'une «GT Expérimentale» sous l'appellation DP 212. Cette berlinette dotée d'une carrosserie en aluminium allongé et très aérodynamique fut la révélation du pesage. Sa silhouette était d'une grande élégance. Le six cylindres de 4 litres alimenté par trois carburateurs Weber double 50 DCO développait 327 chevaux. Sur la bascule, DP 212 était 80 kilos plus légère qu'une version Zagato. Tous les espoirs étaient donc permis pour le grand retour de la marque anglaise au Mans. Confiée à Graham Hill et Richie Ginther, deux pilotes de F1, DP 212 se révélait très rapide. Hill s'offrait même le plaisir de boucler le premier tour en tête avec 150 m d'avance sur la Ferrari 330 TRI des futurs vainqueurs Olivier Gendebien et Phil Hill. Après 69 tours, le moteur avait raison de la prestation de l'anglaise. 

On ne revit pas la 212 en course mais pour Aston Martin, il n'était pas question de renoncer en si bon chemin. Pour les 24 Heures du Mans 1963, l'équipe Aston supervisée par John Wyer fabriqua trois berlinettes DP: deux 214 et une 215. Si les DP 214 sont des GT déguisées, la 215 est un véritable prototype. Le châssis ne provient plus de la DB4 mais combine une partie centrale tubulaire à des panneaux caissons en métal léger. Présentée comme une évolution de la 212, la ligne est beaucoup plus aérodynamique. La suspension arrière indépendante s'appuie sur une double triangulation et la boîte-pont provient de la DBR1. Le six cylindres désormais à carter sec a encore gagné quelques chevaux pour produire 323 chevaux. Il est installé plus bas et reculé afin d'améliorer la répartition des masses et d'abaisser le centre de gravité. Le département des modèles spéciaux a réussi à économiser encore quelques kilos. DP 215 est ainsi plus légère que les Ferrari. 

Confiée à Phil Hill et Lucien Bianchi, DP 215 s'avère incroyablement rapide, réalisant le 4e chrono des essais. Au départ, Hill prend la tête des opérations jusqu'à Mulsanne où il s'efface au profit de la Maserati de Simon. L'Américain est obligé de s'arrêter aux stands après avoir roulé sur les débris d'une René Bonnet retournée dans la descente du Tertre Rouge. Finalement, la belle verte devait renoncer sur bris de transmission. On revit le mois suivant DP 215 à Reims où pilotée par Jo Schlesser, elle occupait la tête de la course avant d'être mis en difficulté par sa boîte. Le Français ne pouvait éviter un surrégime qui causait l'abandon. Sa dernière apparition sera le «Guards Trophy» sur le circuit de Brands Hatch mais David Brown n'ayant pas payé les taxes réglementaires, DP 215 resta dans les stands. Aston Martin n'avait plus les moyens de ses ambitions et John Wyer démissionna. Le département compétition fut dissous. On n'allait plus voir d'Aston Martin en course jusqu'en 1982. La firme de Newport Pagnell devait vendre toutes ses DP, à l'exception de la 215 qui fut accidentée sur l'autoroute M1 lors d'un essai de nuit. En 1974, Malcolm Calvert se porta acquéreur de la 215. Il l'utilisa sur la route jusqu'en 1978 puis la céda à Nigel Dawes. 

Celui-ci devait poursuivre la restauration de la voiture avec la complicité de Ted Cutting, l'ingénieur responsable de la conception de la voiture. La voiture devient la propriété de Anthony J. Smith en 1996. Et c'est en 2002 que son propriétaire actuel l'échange contre une F1 Ferrari. Dernière Aston de course de l'ère Brown, symbole de la fin d'une époque, première voiture à dépasser les 300 km/h dans les Hunaudières, DP 215 devra partager la vedette de la vente RM Sotheby's avec une autre reine des épreuves d'endurance et de grand tourisme, la Ferrari 250 GTO. Si la GT italienne devrait dépasser l'estimation de 45 millions de dollars, l'Aston Martin DP 215 pourrait bien devenir l'Aston la plus chère du monde. Elle est estimée entre 20 et 25 millions de dollars. 
 Source : Sylvain Reisser - lefigaro.fr - Merci DAVID SARDA pour le suivi de l'info....