jeudi 13 juillet 2017

CLUB5A - VOITURE DE LEGENDE - RENAULT 4..." LA PARISIENNE"

Au départ, elle n’était qu’une série limitée créée par un artiste pour une opération de communication. Elle est finalement devenue le modèle le plus couru de la gamme. Féminine jusqu’au bout des jantes, cette coquette 4L a su séduire là où personne ne l’attendait dans les beaux quartiers. Souvent qualifiée de “bonne à tout faire”, la Renault 4 est la voiture utile par excellence, une besogneuse née pour supporter les traitements les plus sévères. 

Dans l’imaginaire, elle apparaît telle une brouette, un minibus, voire une bétaillère, chargée à bloc sur des routes boueuses jonchées de nids-de-poule. Pour autant, ce cliché n’occulte pas l’autre visage de la 4L, incarnée par une nuée d’anonymes blanchâtres enflant les cordons interminables du boulevard périphérique. Si cette souris des villes n’a pas toujours eu la vie facile, prenant du plomb dans les ailes et des gnons dans les pare-chocs, elle a servi la France avec la même abnégation que sa cousine provinciale. 

En marge de cette double facette, une version totalement atypique est apparue, comme un cheveu sur la soupe, à la fin de l’année 1963. C’est une Quatrelle propre sur elle, toujours tirée à quatre épingles, vouée au transport délicat d’une boîte à chapeaux et de quelques sacs de commissions. Cette petite bourgeoise un brin snobinarde envers ses congénères, c’est la fameuse Renault 4 La Parisienne. Une véritable exception culturelle. Au début des sixties, la Renault 4 conforte solidement son statut de véhicule à succès. Elle sauvera même le constructeur de la faillite. 


A l’évidence surdouée, la petite est moderne, pratique et économique. Son image est aussi plus dynamique que celle de la 2 CV. Bref, elle a tout pour plaire. En effet, afin de coller à son époque, la R4 fait table rase du passé. De la 4 CV, elle ne conserve que la définition populaire et la simplicité générale. A part la base mécanique, la 4L (en réalité, elle se nomme R3 ou R4 et constitue une gamme de cinq véhicules distincts) n’est qu’innovations : suppression des graisseurs, roues AV motrices, fonctionnalité inédite, mais aussi communication de pointe. 

Jugez plutôt : lors du lancement en 1961, 200 Renault 4 sont dispersées dans la capitale de France, hérissées de fanions “Prenez le volant” et laissées en libre accès aux Parisiens. D’après le constructeur, 60.000 personnes l’auraient essayée puis abandonnée à leur guise dans les rues. Il n’en fallait pas davantage pour faire de la nouvelle star des champs la chouchoute des Champs. 200 Renault 4 sont dispersées dans la capitale, hérissées de fanions “Prenez le volant” et laissées à la disposition des Parisiens. 
Cette idylle soudaine motivera une campagne inédite : un partenariat avec un magazine destiné à promouvoir l’aspect féminin et citadin de la voiture. En l’occurrence, des Renault 4 Super personnifiées en Parisienne, de couleur noir Médicis avec décor latéral réalisé par le peintre Robert Taka Hira (cannage jaune paille ou bien écossais rouge ou vert), sont mises à disposition de 4.200 lectrices de l’hebdomadaire Elle, pendant 48 heures, sur une période s’étalant de mars à juillet 1963. Cette action, baptisée « Elle prend le volant », s’inscrit dans la continuité de l’audacieuse campagne de lancement, en y ajoutant une touche people hyper tendance grâce au concours de la chanteuse Sheila, laquelle prend la pose avec “son” auto pour les revues féminines les plus en vue du moment. 

La starlette avait alors 17 ans, elle n’avait donc pas le permis ! L’opération connaît une telle réussite que la Régie nationale choisit de produire le modèle en série, dès décembre 1963. A quelques détails près (décor de la trappe d’aération, du haut des portes et ailes AR supprimé, de même que les filets autour de la calandre et des ailes AV), l’auto est reproduite à l’identique. A la base, c’est une R4 Super R1123 équipée du 845 cm3 de 5 CV. 
Elle comporte des spécificités tels l’entourage de plaque de police AR en inox poli, les enjoliveurs de roues intégraux ou le sigle “4 Parisienne” sur le hayon. On croirait une série spéciale avant l’heure (le concept ne verra le jour qu’en 1976, avec la Simca 1000 Extra), mais il s’agit en réalité d’un modèle à part entière positionné au sommet de la gamme Renault 4. Si la Régie n’a pas inventé la série spéciale, elle initie une tendance nouvelle, celle des “voitures à la mode”. La Parisienne, mais aussi la 4L en général, accompagnent une évolution des habitudes de consommation, laquelle voit l’apparition progressive de la seconde voiture principalement dévolue à l’épouse. 

L’acheteuse d’une Parisienne est citadine, elle s’intéresse à la mode et accorde de l'importance aux mondanités. Si elle n’est pas nécessairement une “femme de”, elle fait tout son possible pour en avoir les contours. A ce petit jeu, la 4L de luxe est la complice idéale. Plus encore lorsque, comble du chic, madame s’est offert (ou plutôt s’est fait offrir) l’ensemble de bagages assorti au décor de sa voiture. Parée de la sorte, la 4L joue presque dans la cour des limousines. Véritable produit phare à la diffusion confidentielle mais vecteur d’une image valorisante, la R4 Parisienne a trouvé un public majoritairement citadin, mais pas toujours parisien. De fait, on a vu fleurir ces curieuses autos, peintes en noir, vert foncé, rouge bordeaux ou bleu marine, sur les flancs desquelles sont placardés de larges décors imitant soit le cannage, soit un tissu écossais, dans tous les centres villes de France et de Navarre.

 L’une des particularités de cette déclinaison est de proposer un panel de combinaisons de couleurs et de motifs, ceci afin que la cliente puisse se démarquer de sa voisine. 
Ou plus simplement choisir l’auto qui lui ressemble. Dans tous les cas, les teintes sont “classe” et le grimage évoque davantage la jupe plissée que la nappe à carreaux Vichy. Il s’agit de marquer la différence entre le torchon jaune du facteur et la serviette repassée de la “bourgeoise” du XVIe...
Source : GAZOLINE /